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Physibles, les torrents de la matière

De l’analogique vers le digital. Du digital vers le physique. Il ne s’agit peut-être pas d’une seconde révolution industrielle mais bien d’une nouvelle révolution individuelle : le hacker devenu maker est en passe de révolutionner notre rapport à l’objet. Car après la mise en commun d’œuvres numériques multimédia, les torrents de demain contiennent désormais l’architecture de la matière. Ces Physibles, tels que baptisés par The Pirate Bay, partagent désormais les objets, accessibles à tous via les technologies d’impression 3D. Ce n’est peut-être rien pour vous, mais pour nous ça veut dire beaucoup. Cette convergence des mondes numériques et physiques va au-delà du partage de la culture : plus qu’un divx, les Physibles recèlent d’une liberté inédite, d’un possible, vis-à-vis de la société de consommation. Pas un modèle substitutif mais une alternative.
Si The Pirate Bay jouit d’une aura considérable, ses physibles sont encore à l’heure actuelle peu nombreux, et on leur préférera la banque d’objets de Thingiverse.com par exemple, bien plus fournie. Armé d’un simple Thing-o-Matic de chez MakerBot ou d’autres printers 3D lo-fi similaires, dont le FabLab près de chez vous dispose sûrement, il est possible de reproduire des cubes de type Lego, des statues et figurines, des pièces détachées domestiques… “Mais pas davantage” affirment certains rabat-joie, évoquant les limites de la stéréolithographie individuelle. C’est certain, l’impression 3D ne remplacera pas de si tôt l’acier, ni même les matériaux naturels comme le bois, mais elle n’est pas qu’une idéologie pour autant.
Dans Technology Review, publiée par le MIT, le blogueur et journaliste Tim Manly compare cette évolution à celle qu’a connue l’impression 2D : des caractères mobiles de Guthenberg aux presses modernes du XXsiècle, à désormais un simple menu déroulant sur notre traitement de texte, relié à une imprimante de bureau. “Il arrive un temps où les cycles de production deviennent si réduits que les économies d’échelles qui justifient l’expédition depuis la Chine ne fonctionnent plus. Il arrive un point où faire de nouvelles choses n’est plus un investissement en capital, mais simplement un investissement marginal”, conclut Manly.
Il ne faut d’ailleurs pas voir dans l’aventure de la stéréolithographie un combat Industrie vs. Hackers. Les possibilités qu’ouvrent Kinect, par exemple en terme de scan 3D, sont tout juste stupéfiantes, qu’il s’agisse de passer par un intermédiaire comme Cubify ou de le faire soi-même via des hacks disponibles en open source comme ReconscructMe, et même une appli sous OSX pour Mac.
Mais attention, là aussi les ayants droit ont leur mot à dire. La violation de la propriété intellectuelle d’objets physiques existe également et l’on citera déjà l’exemple de Paramount souhaitant faire retirer le fichier reproduisant le cube extra-terrestre du film Super 8. Un fan et ingénieur avait en effet eu la bonne idée de partager son fichier destiné à l’impression 3D.
D’autres institutions, publiques elles, voient dans cette technologie un formidable outil de partage. Ainsi, le plus grand musée américain, The Smithsonian à Washington, a décidé de créer une collection bis, une copie de sauvegarde des œuvres majeures, clonées à l’aide d’imprimantes 3D*. Première en date, la statue de Thomas Jefferson, 3e président des États-Unis et défenseur des Lumières, un symbole. L’intelligence du musée US ne se limite pas à scanner en 3D toutes ses œuvres pour en conserver un backup numérique, car les doubles “imprimés” circuleront dans les écoles, dans le monde. Une autre idée de la copie, du partage.

*découvrez les premières répliques visibles

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