Lucie-Beluga

Hello Cookie

Si le mot mignon rime avec (René la) taupe en France, les Japonais ont eu le bon goût de ranger toutes ces petites choses adorables sous l’adjectif kawaii. Car oui, kawaii peut rimer avec un bon goût, surtout quand Lucie Béluga cuisine pour vous.

Assiette de Chi San salade aux orchidées, Sandwichs de Lady Croustille, Aubergine Totoro, Sushis trop choux, Pink Tempuras. Autant d’invitations à des histoires sorties tout droit d’un film de Miyazaki ou du manga Heartbroken Chocolatier. Car si Lucie Béluga se consacre au so cute japonais dans son livre de recettes Cuisine Kawaï, tout juste cuit des presses, cela fait déjà quatre ans qu’elle a revêtu l’habit de marmiton à travers bloGrimoire, un espace dédié à des recettes emplies d’imaginaire.

Rice conteur
Sur ce blog culinaire, elle raconte les plats comme autant d’histoires, romancées pour mieux les épicer : “Quand j’imagine un nouveau plat, j’aime que le titre sonne comme une aventure. Il faut, comme toute histoire, chercher d’abord le message à faire passer”. À l’instar de ses tartelettes au saumon évocatrices de sa première Japan Expo, un plat devenu sa madeleine de Proust. Le Japon comme vecteur vers la cuisine kawaii n’est pourtant pas une évidence, alors que Lucie se heurte, enfant, à la barrière culturelle culinaire nippone lors de son premier voyage à Tokyo : “Il était tout simplement hors de question de toucher à ces poissons crus que les locaux mangeaient même au petit-déjeuner”. C’est plus tard, adolescente, qu’elle commencera à apprécier le Japon traditionnel, sa littérature, ses films, grâce notamment à un déménagement qui force un peu le destin, elle qui se retrouve à vivre au-dessus de deux librairies manga. “À force, ils avaient appris à ouvrir après l’heure de la fermeture pour me fournir ma came. Love Hina, Ranma ½, auront été les premières séries que j’ai eues entre les mains.” Inutile de préciser que lors de son second voyage au Japon, elle mangea comme une équipe de sumotoris.

Cosplay en cuisine
En parcourant Cuisine Kawaï, le sentiment que la création est plus importante que la dégustation l’emporte souvent, comme si la dimension artistique primait sur l’aspect gustatif. Le beau contribue-t-il au bon ? “J’ai vraiment fait en sorte de sélectionner des associations curieuses et savoureuses à la fois. Certains plats, comme les muffins de Megumi, ont vraiment demandé de nombreux essais pour être aussi bons que jolis.” Pas étonnant que cuisine moléculaire et design culinaire se révèlent être d’autres plans de travail qui lui chatouillent autant la matière grise que les papilles, “j’adore l’idée de savant, ou de créateur fou, qu’on peut leur associer”. Au fil des pages de recettes, on découvre également que cuisiner kawaii ne signifie pas forcément cuisiner japonais, il s’agirait davantage d’évoquer une world cuisine, où elle pioche chez Starbucks, le salon de thé british, la pizza ou le bon vieux macaron. Une sorte d’exercice de style, basé sur des plats japonais mignons et colorés, mais à réaliser sans pour autant avoir à utiliser des ingrédients exotiques, pas toujours faciles à dénicher.
Nous les premiers sommes plutôt friands de science-fiction gastronomique ; on ose alors lui glisser le mot tabou de junk food… “J’adore ça. J’ai notamment un problème d’accoutumance aux nachos dont j’ai dû réduire ma consommation, puisqu’en arrivant sur Paris, j’en dévorais un sachet par jour avec du chocolat au lait.” Pour autant, après avoir connu l’expérience du fast food au niveau professionnel, pas question de mettre de nouveau les pieds chez ces “charlatans de vendeurs de hamburgers”, nous conseillant plutôt ses Bear Burgers veggie, plus diètes. Et puis ils sont tellement mignons quand ils vous regardent avec leurs yeux en feuilles de nori.

Photo : Alecska Divisadero 

Cuisine Kawaï
de Lucié Béluga
(Tana Éditions)
cuisinekawai.fr
blogrimoire.fr