3 SECONDES_cs4

900 000 km en 3 sec.

Un voyage express, voire un peu expéditif que nous propose Marc-Antoine Mathieu ? Une BD qui dure 3 secondes, voilà un pari formel qui tient du casse-gueule, de l’effet d’annonce, mais ô combien séduisant. L’auteur nous avait déjà épatés dix ans plus tôt, avec L’Origine et son Julius Corentin (Delcourt également), un récit dont la narration effectuait des sauts incessants dans le temps, dans un sens ou l’autre. Ici de nouveau, il joue avec le temps et ses lois. Dans cet espace-temps de 3 secondes seulement -la trajectoire d’un photon-, et sans le moindre dialogue évidemment, Marc-Antoine Mathieu parvient à glisser une intrigue, quasi invisible à la première “lecture” : une balle, un homme, un meurtre. À partir de cette matière, mise en page avec une linéarité sans failles (des planches de 9 cases identiques) l’auteur fait de cette BD “un livre dont vous êtes le héros”, puisque vous voilà limier, à la recherche d’indices, fouillant parmi les cases.

Pensé au départ pour un format numérique, ou chaque case défilerait l’une après l’autre, avec la possibilité de zoomer à l’intérieur de chacune d’entre elle, l’album en conserve un double digital. Car, à la version papier, se superpose une autre expérience en ligne, accessible via un code inséré quelque part dans les planches de papier. Cette interactivité souvent ratée dans le monde de la bande dessinée entre support physique et numérique, est dans ce cas précis plutôt une réussite. Sans trop spoiler, on y retrouve le même trajet du photon, mais animé comme une seule image à l’intérieur de laquelle il est possible de zoomer à l’infini par le même jeu de miroir qu’offre la BD. Si l’expérience est quasi-hypnotique à la première lecture -pardon, au premier visionnage-, la curiosité l’emporte rapidement et nous voilà à parcourir le temps tel un John Anderton dans la cellule de Précrime de Minority Report.
Par la forme, Marc-Antoine Mathieu nous livre alors une autre lecture d’un même événement. Un réussite formelle sans aucun doute, mais dont l’histoire se révèle relativement désincarnée et c’est bien là le seul bémol que l’on émettra : si l’on se prend au jeu, c’est au détriment des personnages, simples pions pour lesquels on éprouve pas la moindre empathie. Autant dire que si l’on se permet cette critique, c’est pour ne pas dire tout (trop) le bien qu’on pense de 3”.

3”
de Marc-Antoine Mathieu
Éditions Delcourt
Hors collection
72 pages, 14,95 €
Sortie le 7 septembre